J’ai été à Tadoussac. Comme chaque année le festival de la chanson battait son plein. Les amateurs de musique et de party s’étaient encore une fois donné rendez-vous pour fêter et rire pendant 3 jours.
J’ai été à Tadoussac, mais cette année l’ambiance avait commencé à changer. Fini le camping « sauvage » dans la colline en arrière de l’auberge ou sur les bords du lac. Un arrêté municipal vous menace de 200 $ d’amende si vous osez transgresser ce nouvel interdit. Les organisateurs ont évidemment pensé à une solution : des champs à l’écart du village pour planter sa tente moyennant finances et une preuve de participation au festival.
J’ai été à Tadoussac et on m’a bénévolement expliqué que le but avoué de ce nouveau système était de dissuader les fétards de venir au festival. Ces gens qui « n’injectent pas d’argent » dans le village et souillent l’environnement, à tel point que « 3 mois après on retrouve encore des déchets flotter sur le lac ».
J’ai été à Tadoussac et j’ai découvert que le concept de bénévolat avait le dos large. Au festival, on reconnaît les bénévoles à leur gilet vert pâle flanqué de commanditaires et d’un gros « BENEVOLE ». Ils sont nombreux et la plupart sont fort sympathiques. Il y a les madames à la vente de billets, souriantes et accueillantes. Il y a le passionné du festival, qui fait le gué à côté de la caisse populaire, s’empressant de distribuer ses informations aux quatre vents. Il y a ceux qui vous vendent de la bière sous les chapiteaux. Ceux-là sont tellement bénévoles que « même leur pourboire retourne aux finances du Festival ». Et il y a surtout François le chauffeur d’autobus scolaire, faisant la navette entre le camping « officiel » et le village. François l’infatigable, dont le seul salaire (les dépenses de l’autobus étant prises en charge par le festival) tient dans son gobelet posé devant lui et judicieusement baptisé : POUR BOIRE. Ils sont comme ça les bénévoles, impliqués, dévoués et surtout passionnés par l’envie de faire vivre leur communauté au rythme du festival.
J’ai été à Tadoussac et j’ai découvert que sous leur gilet vert, beaucoup de bénévoles étaient en fait rémunérés pour veiller à des tâches d’ordre sécuritaire. Au camping « officiel » les bénévoles sont payés pour contrôler que chaque tente porte son étiquette et que chaque campeur a son bracelet. Mais ils sont aussi payés pour alimenter un feu sécuritaire au milieu d’un champ ou encore pour avertir les malotrus qui se croiraient tout permis en urinant n’importe où. Nettoyer les poubelles du camping ? Non, les bénévoles (les vrais) s’en chargeront bien.
J’ai été à Tadoussace et j’ai fait la connaissance de l’équipe de bénévoles-sécurité-rémunérés qui encadrent l’auberge de jeunesse. On se serait cru aux Deux Pierrots à Montréal, où il y a plus de personnes employées pour la surveillance que pour la vente d’alcool. Ces bénévoles, pas vraiment désintéressés par l’argent, ne sont donc pas là pour vous faire des sourires et vous indiquer la marche à suivre pour rejoindre telle ou telle scène. Ils ne sont probablement pas du coin et ne sont pas plus intéressés par le festival que par les festivaliers. Par contre, ils sont passés maîtres dans l’art de scruter les poignets des gens pour y déceler la présence ou non d’un bracelet. Leur zèle n’a d’égal que leur assiduité au travail et ils leur arrivent même de vérifier votre bracelet quand vous sortez de l’enceinte. Difficile de trouver des bénévoles qui se sentent plus concernés par leur tâche.
J’ai été à Tadoussac et j’ai même eu la chance de parler à plusieurs bénévoles payés. A la question « es-tu bénévole ? », la réponse instantanée est « oui ». La consigne est bien passée : si on vous demande si vous êtes bénévoles, répondez par l’affirmative. Même si c’est faux, ce qui nous a été confirmé plusieurs fois : « ben en fait, je suis bénévole mais payé par ma compagnie pour faire la sécurité ». Ce qu’on aurait pu prendre pour une banale erreur dans l’attribution des chandails serait donc en fait de la fausse représentation. Beaucoup de bénévoles n’ont de bénévoles que le chandail vert pâle.
J’ai été à Tadoussac et je me demande encore aujourd’hui ce que les vrais bénévoles peuvent bien penser de cette situation : être associé à des bénévoles payés qui font la sécurité. Le savent-ils seulement ? J’en doute.
J’ai été à Tadoussac et pour la première fois j’ai eu l’impression d’être observé et scruté. Présumé coupable de débordements avant même d’avoir ouvert ma première bière.
J’ai été à Tadoussac et malgré tous les efforts déployés pour mettre un peu d’ordre dans le village, j’ai vu des tentes plantés sur la colline et au bord du lac. J’ai vu des gens saouls être capable d’expliquer à des touristes italiens que l’hôtel de ville de Tadoussac n’est pas l’hôtel Tadoussac. Ils sont comme ça les gens qui aiment les festivals et la fête. Mais j’imagine que bientôt il y aura aussi des bénévoles payés à chaque coin de rue pour conseiller les touristes, les festivaliers se contentant de faire ce qu’on leur demande : regarder des spectacles et boire modérément.
J’ai été à Tadoussac et je me rends compte que cette tendance se généralise. A Québec, le festival d’été nous propose cette année d’acheter des billets journaliers pour 30 $, le double du prix du forfait il y a moins de dix ans. Sauf pour les journées où il y aura des grosses têtes d’affiche, les macarons vendus en prévente et épuisés en une journée étant le seul moyen de se rendre au festival. Pauvres artistes qui se produiront le même soir. On s’arrange pour leur fournir une scène… mais sans public. Pour la fête de la Saint-Jean, le budget de la Ville de Québec est passé de 200 000$ en 2006 à 1,2 millions $ en 2011, dont 600 000 $ juste pour la sécurité. L’idée étant de limiter la consommation d’alcool sur les plaines et surtout de montrer aux habitants de Québec qu’une « telle beuverie » coûte beaucoup trop cher aux contribuables. « Est-ce que c’est normal qu’une fête comme la Saint-Jean exige des investissements presque (aussi importants) que le budget total de notre Ville? » de dire Régis Labeaume la semaine dernière. Et comme l’augmentation de l’encadrement pour la sécurité risque inévitablement de provoquer quelques échauffourées avec les gens venus faire la fête, gageons que l’appui de la population locale pour la Saint-Jean 2012 sera largement diminué. Bien joué, les jours de la fête nationale sont désormais comptés. Diviser pour mieux régner a toujours été une méthode efficace. Et puis l’important n’est plus de s’amuser mais de se sentir en sécurité. Maudit stress.
J’ai été à Tadoussac au festival de la Chanson, le plus petit des grands festivals….

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