jeudi 20 octobre 2011

Une idée pour mes amis libertariens : Privatisons la Police.

Par Rémy Bourdillon

On a tous des rêves, dans la vie. Mes amis du Réseau Liberté Québec, comme tout un chacun, en ont un: ils aspirent à couper dans les dépenses publiques.


Un État qui ne dépenserait plus d'argent, qui ne se comporterait plus comme une outre percée, ne serait-ce pas merveilleux? Pensez-y donc: moins de taxes, moins d'impôts, et plus de dollars dans la poche du contribuable. Je n'ai pas connu Byzance, mais ça devait ressembler à ça, c'est certain.

Une manière très simple d'y arriver, c'est de tout privatiser, donc de confier la gestion de nos services au secteur privé: en effet, un entrepreneur, ça cherche à faire des profits, et puis ça connaît bien l'économie, alors d'un coup de baguette magique, ça vous transforme l'outre percée susnommée en caverne d'Ali Baba. Et le plus fort là-dedans, c'est que, d'après mes amis du RLQ, cela s'applique à tout: même les institutions les plus réticentes, comme les hôpitaux et les universités, peuvent y passer.

Ébloui par leurs belles ambitions, je me suis moi-même pris à penser à tout cela. Et c’est en réfléchissant à comment mon argent si durement gagné pourrait être mieux économisé que j'ai eu une idée de génie:

Privatisons la police.

En effet, si notre santé et notre éducation peuvent être gérées par des intérêts privés, pourquoi n'en serait-il pas de même de notre sécurité? Laissez-moi donc vous présenter mes arguments.

On me disait que les compagnies privées pouvaient investir dans les universités. Beau projet, qui formerait des citoyens consciencieux et travaillants. Eh bien moi, je pense que bien des compagnies seraient intéressées à investir dans la police. On pourrait ainsi tester à peu de frais toutes les nouvelles armes, toutes les nouvelles techniques d'intervention. Cela nécessiterait un assouplissement du code d'éthique de la police, ce qui est incompatible avec la logique bureaucratique de notre gouvernement immobiliste et dépensier. Une compagnie privée n'aura, en revanche, aucun problème à le faire. Et puis avoir recours à la commandite pour habiller les policiers, n'est-ce pas là une idée de génie?

Pour ce qui est du recrutement de nos chers justiciers, fini les procédures longues, compliquées et coûteuses: un entretien, et on est embauché ou pas. Les inutiles tests de compétence, les formations superflues, aux oubliettes. De toute manière, les agents de la SQ nous montrent périodiquement qu'ils ne savent pas vraiment utiliser une arme à feu, ni gérer une émeute voire même une simple foule...

Ainsi donc, les compagnies injectent des fonds pour la sécurité de la population. Mais il leur faut un retour sur investissement, me direz-vous. En d'autres termes: il faut que la police gagne de l'argent. Pour ça aussi il existe une solution facile et efficace : il suffit de tarifer ses services. Utilisateur-payeur. C'est bien normal après tout, non?

C'est simple: composer le 911 devient payant. On supprime ainsi les appels inutiles, les fausses alertes, les querelles de voisinage, les petites bagarres, bref on responsabilise le citoyen. La SQ ne se déplace plus pour rien, et quand elle se déplace, c'est en échange d'une somme d'argent, ce qui, à n'en pas douter, va influer positivement sur la motivation et le rendement de ses troupes, tout en amenant les gens à y réfléchir à deux fois avant de bêtement appeler la police. Évidemment, le coût de l'appel diffère selon le type de délit rapporté: un simple vol à l'étalage et un infanticide n'ont pas la même valeur, votre gros bon sens l'aura noté.

Et puis avez-vous remarqué cette fâcheuse tendance que nous avons à jeter les criminels dans des prisons publiques tout confort, où nous leur payons tout, absolument tout? Ils seraient presque plus heureux que nous, et avec notre argent en plus. Je propose de remédier à cela, en vendant la liberté (Freedom isn't free, disent les Américains). Ainsi, les criminels paient pour être libérés: plus besoin de taxer les contribuables pour leur séjour en prison, et en plus ça devient rentable. Comme le prix pour être libéré est très élevé, ils n'ont pas envie de récidiver. Parce que les criminel sont comme nous, ce qu'ils aiment le plus au monde, c'est l'argent. En ce qui concerne ceux qui n'ont pas la capacité de payer, je tiens à souligner que les travaux forcés ont le mérite de créer de la richesse.

On pourrait même aller plus loin, en créant un forfait-911 (vous payez à l'année et avez droit d'appeler plusieurs fois le 911) et une assurance-prison qui, moyennant paiement, vous mettrait à l'abri d'une arrestation.

Je trouve mon projet exemplaire. Mais j'ai bien peur qu'il ne soit jamais appliqué: mes amis du RLQ ne voudront jamais couper dans le financement de la police. Ils en ont bien trop besoin pour qu'elle protège les biens qu'ils acquièrent grâce à la privatisation de nos services, privatisation qu'ils veulent toujours plus importante. En fait, je ne faisais qu'appliquer leurs idées sur un banal exemple, qu'imaginer une partie de la société dont ils rêvent.

Je rêvais éveillé, ma foi. Mais pour me rassurer, je peux toujours me dire que l'éducation et la santé commencent déjà à y passer.

Ainsi donc, je l'appelle de mes vœux, je le crie de toutes mes forces aux côtés de nos philanthropes de droite:

Augmentons les frais de scolarité! Créons une franchise médicale!

Terminons-en avec les étudiants qui font le party à l'année longue, les hypocondriaques de profession, les professeurs et infirmiers incompétents! Parce que ça nous coûte une fortune quand même, tous ces parasites!

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire